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Côté Sud de l’église ; le petit bâtiment latéral, accolé à l’église, qui ressemble plutôt à un appentis, est en réalité l’ancienne chapelle du château ; elle a été reconstruite fin XIX° siècle.

MONTEL DE GELAT

ÉGLISE ST MAMERT

 

Monument historique (arrêté du 19 mars 1982)

⇒ Cliquez sur les images pour les agrandir ; puis cliquez sur le signe pour zoomer.

Histoire

À l’origine, le village de Montel de Gelat disposait d’une simple chapelle, dépendant de la paroisse de Dontreix (aujourd’hui en Creuse, mais à l’époque en Auvergne).

Guy Aubert, frère du pape Innocent VI, achète la baronnie du Montel à Bernard de Ventadour, en 1356. A la demande de son frère, il fait construire la première église du village, de style gothique ogival, accolée à la chapelle du château. Au XIV° siècle, la baronnie passe, par héritage et mariage, à la famille des La Fayette, dont le plus illustre descendant sera le Marquis de La Fayette, héros de la guerre d’indépendance des Etats-Unis (fin du XVIII° siècle) ; mais il ne sera jamais seigneur du Montel, la baronnie étant entre-temps passée par mariage à la famille De Daillon du Lude.

Mgr Gaspard de Daillon du Lude – Dessin de Daniel Dumonstier (1574-1646) – Musée du Louvre

C’est ainsi que la terre du Montel devient la propriété de Mgr Gaspard de Daillon du Lude (1602-1676), évêque d’Agen (1631-1634) puis d’Albi (1634-1676). On pense que ce serait lui qui aurait fait transférer dans l’église un ensemble de sculptures appelé « la Mise au Tombeau », probablement créé au XVI° siècle par des artistes sculpteurs de l’école de Chaource (près de Troyes, en Champagne). Mgr de Daillon aurait également fait construire la chapelle du village de Freteix.

Pendant plusieurs siècles sous l’Ancien Régime, Montel de Gelat a été une plaque tournante du trafic de sel de contrebande ; en effet, le montant de la gabelle (impôt sur le sel) était très différent dans les anciennes provinces d’Auvergne, du Limousin, du Bourbonnais et du Berry… il suffisait d’aller acheter le sel à bas prix en Limousin où la gabelle était faible, et de le revendre (avec un gros bénéfice) dans une autre province où le sel était cher à cause d’une gabelle élevée, en particulier le Berry ! Parmi les « faux-sauniers » comme on les appelait, beaucoup étaient… des soldats du Roi, mis au chômage pendant les trêves hivernales, et qui possédaient des armes à feu et des chevaux, fort utiles pour assurer ce trafic ; et en cas d’arrestation, ils bénéficiaient d’une certaine mansuétude…

Vue extérieure, côté Nord

Extérieur

L’église, d’apparence massive, a été construite en granit. Ses dimensions imposantes rappellent que la commune a compté jusqu’à 1700 habitants au XIX° siècle (contre un peu plus de 400 aujourd’hui).

Le terrain qui entourait l’église, visible sur la photo ci-dessus, était autrefois le cimetière ; ainsi les paroissiens pouvaient se recueillir sur les tombes de leurs défunts, à chaque fois qu’ils allaient à la messe ; mais à l’époque, le rapport à la mort était différent… Cette disposition du cimetière entourant l’église se retrouve encore fréquemment en Alsace. Au Montel, des contraintes d’urbanisme ont imposé de transférer le cimetière à une centaine de mètres, ce qui s’est fait au début du XX° siècle. Aujourd’hui, le terrain de l’ancien cimetière est devenu… un boulodrome.

Clocher-porche

Clocher (reconstruit en 1929)
Porte principale de l’église

Le clocher-porche actuel date de 1929 ; il a remplacé un clocher-porche plus ancien et très dégradé.

La porte principale de l’église, située sous ce clocher-porche, est encadrée de colonnettes de couleur alternée gris clair (en granit) et gris foncé (en basalte).

Tête « végétalisée » sculptée au haut d’une colonnette de granit.

 

 

Têtes sculptées à la jonction des lobes, au bas de l’archivolte.

Des têtes finement sculptées décorent le haut des colonnettes (photo de droite) et la jonction des lobes au bas de l’archivolte (photo de gauche).

 

Bas relief : la Ste Vierge Marie allaitant l’enfant Jésus.
Bas relief : Jésus sur la croix, entouré de sa mère et de St Jean.

 

Deux bas reliefs en pierre volcanique, de facture assez rustique, datés du XIV° ou XV° siècle (classés Monuments Historiques en 1956), sont exposés sous le clocher-porche.

 

 

 

Intérieur

La nef, et au fond le chœur ; bancs du XIX° siècle.

La nef actuelle (composée de quatre travées) remonte donc à l’époque du pape Innocent VI (XIV° siècle) ; la chapelle de gauche et le chœur polygonal ont été ajoutés à la fin du XIX° siècle ; la chapelle de droite, avec ses sculptures (Mise au Tombeau, Pieta, anges adorateurs), est l’ancienne chapelle du château (reconstruite à la fin du XIX° siècle).

 

Chapelle de gauche (XIX° siècle)
Vue rapprochée du chœur polygonal, qui a remplacé (au XIX° siècle) le chevet plat. Admirer le magnifique lustre en forme de couronne lumineuse (bronze et laiton, XIX° siècle) qui a certainement connu les bougies de cire avant l’électrification.
Support d’arête de la voûte du chœur polygonal.

 

 

 

 

Chapelle de droite, ancienne chapelle du château, avec le groupe sculpté de la Mise au tombeau.

 

 

Etrange sculpture à la jonction de la nef et du chœur : visage humain stylisé ? motif végétal ? figure géométrique ?

 

 

 

 

 

 

⇐ à gauche : l’ancien baptistère caché par les boiseries qui ceinturent la nef.

⇒ à droite : l’ancienne chaire à prêcher, en bois sculpté (XIX° siècle), a été réutilisée pour mettre en valeur l’ambon, et donc la Parole de Dieu qui y est proclamée. Remarquer la finesse des sculptures du bois.

La Mise au Tombeau

Ce remarquable ensemble sculpté, classé Monument Historique le 22 avril 1955 sous le n° PM63000590. est placé dans une niche, qui est en fait une ancienne cheminée refermée.

Les personnages, de gauche à droite : Nicodème – Marie de Béthanie (portant la couronne d’épines) – St Jean l’évangéliste – la Vierge Marie – Ste Marie Madeleine – Salomé (portant les clous de la crucifixion) – Joseph d’Arimathie.
Le tombeau est en granit, alors que les personnages sont en pierre calcaire d’un grain très fin.

Par les drapés et les plis des tissus, la physionomie des visages, les mains, le style des vêtements, la position des personnages… ce groupe de statues peut être comparé avec la Mise au Tombeau de l’église de Chaource (Aube), datée entre 1515 et 1520 : les ressemblances sont évidentes. Un rapprochement peut également être fait avec la Mise au Tombeau de Semur en Auxois (Côte d’Or), réalisée en 1490 par le sculpteur Antoine Le Moiturier.

Mise au tombeau – Eglise de Chaource – Source Wikimedia Commons
Mise au tombeau de Semur en Auxois, par SchiDD — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=19977502

 

 

 

 

 

 

 

Autres statues, vitraux

Piéta : statue en bois peint (époque XVI° siècle, Monument Historique) qui représente la Vierge Marie recevant le corps de son fils Jésus à sa descente de croix. Le visage de Marie est particulièrement expressif : elle accepte la mort de son fils bien aimé, sans réaliser encore la portée de l’événement ; elle ne comprendra pleinement qu’à la Résurrection.

Remarquer, en bas à gauche de la photo de droite, un crâne qui rappelle que Jésus a été crucifié sur une colline appelée Golgotha, mot qui se traduit par « crâne ».

St Roch, son bubon et son chien (bois peint, XVII° siècle, Monument Historique). L’objet qu’il tient de sa main droite est un genre de clochette (comme une crécelle de lépreux) qu’il agite pour signaler qu’il est contagieux.
St Jean-Baptiste, patron de la paroisse (plâtre peint)

⇐ à gauche : St Roch. Il naquit à Montpellier au XIV° siècle, dans une riche famille ; mais, à la mort de ses parents, il vendit ses biens et partit en pèlerinage vers Rome. Traversant des régions touchées par une épidémie de peste, il soigna les malades et obtint par sa prière des guérisons miraculeuses, mais il fut lui-même atteint par la maladie, un bubon se formant sur sa jambe gauche ; il se retira dans une cabane où un chien lui apportait chaque jour un pain. Miraculeusement guéri à son tour, il revint à Montpellier, où sévissait une guerre locale (probablement liée à la guerre de Cent ans), et personne ne le reconnut ; aussi fut-il pris pour un espion et jeté en prison, où il mourut cinq ans plus tard.

 

Ste Vierge et l’Enfant-Jésus (bois peint, XVIII° ou XIX° siècle, Monument Historique)

⇐ Ci-contre : la Ste Vierge Marie couronnée (Reine du Ciel, Reine de l’Univers, Reine de la Paix, Reine de nos cœurs… ) écrase la tête du serpent (symbole du démon). Cette statue en fonte, datée du XIX° siècle, était donc probablement destinée à l’extérieur de l’église, ce métal ne craignant pas les intempéries.

 

 

 

 

 

Deux anges adorateurs en marbre blanc (XIX° siècle) entourent l’ancien autel de l’ex-chapelle seigneuriale. Ils sont posés sur des supports, sous lesquels des angelots présentent les armoiries des La Fayette, hélas fortement dégradées pendant la Révolution.

St Mamert (bois peint, XVIII° siècle) – Monument historique.

St Mamert, saint patron de cette église, était évêque de Vienne (ville à une trentaine de km au sud de Lyon, aujourd’hui dans le département de l’Isère). Depuis la fusion des régions Auvergne et Rhône-Alpes, on peut donc le qualifier de « saint régional »… Vers 470, Mamert institua la prière des Rogations afin de bénir les fruits de la terre et du travail de l’homme (cultures, bétail…) et de les protéger des intempéries, séismes, tempêtes et autres calamités naturelles : il s’agissait de processions et de prières qui se déroulaient traditionnellement pendant les trois jours (lundi – mardi – mercredi) précédant le jeudi de l’Ascension.

Dans la tradition populaire, St Mamert est aussi le premier des trois « Saints de glace » avec St Pancrace et St Servais (fêtés respectivement les 11, 12 et 13 mai).

Dans notre paroisse, St Mamert est également honoré à la chapelle de St Bard (commune de Condat) ; et les rogations sont également célébrées à la chapelle de Banson (commune de Gelles).

⇐ La chapelle nord est éclairée par ce magnifique vitrail double, montrant côte à côte les deux cœurs unis de Jésus et de Marie :

– le cœur sacré et miséricordieux de Jésus, siège de l’amour divin pour chacun d’entre nous, tel qu’il s’est révélé (entre autres) à Ste Marguerite-Marie lors des apparitions de Paray le Monial (XVII° siècle) ;

Chemin de croix (bronze et bois), 4° station : Jésus rencontre sa mère.

– le cœur immaculé et douloureux de Marie, beaucoup plus rare dans les vitraux et décorations des églises ; le cœur immaculé nous renvoie à la proclamation de l’Immaculée Conception de Ste Marie par le pape Pie IX en 1854, confirmée par Ste Marie elle-même, lors des apparitions de Lourdes en 1858 ; quant au cœur douloureux, il fait référence à la prophétie du vieillard Syméon lors de la présentation de Jésus au Temple (Évangile selon St Luc, 2, 35) : « Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée ». Cette épée est d’ailleurs bien visible en zoomant sur le vitrail.

⇒ Pour en savoir plus sur Montel de Gelat, son histoire et son église : nous recommandons l’excellent livre de Robert Trapon « Le Montel à travers les âges » (réédité en 2012).