Agenda

Paroisse > Nos églises > L’Éclache

L’ÉCLACHE

Chapelle Ste BARBE

 

⇒ Cliquez sur les images pour les agrandir

 

L’Éclache est un village de la commune de Prondines, le plus peuplé. Il fut jadis connu sous le nom d’Eschalaria puis Esclache.

L’inauguration des travaux de restauration de la chapelle, par les personnalités : on reconnaît (de droite à gauche) Mgr Simon, archevêque de Clermont, M. Jean-Yves Gouttebel, président du Conseil Général (aujourd’hui Conseil Départemental), M. Fournier, Conseiller Général

La chapelle est le dernier bâtiment qui reste d’une abbaye qui fut très importante du XII° au XV° siècle ; restaurée récemment, elle a été inaugurée le 18 août 2012. On ne peut parler de la chapelle sans évoquer l’abbaye qui en est à l’origine.

Emplacement de l’abbaye
L’ancienne abbaye était située dans l’actuel hameau de l’Éclache, environ un kilomètre à l’ouest et légèrement en contrebas de l’autoroute A89. Plus précisément, les bâtiments se trouvaient en rive droite de la Ribbe, affluent du Sioulet, le long d’un plan d’eau, et à environ 920 mètres d’altitude ; l’actuelle route départementale D61 fait le tour de l’ancien emplacement de l’édifice.

Le site, conformément aux habitudes cisterciennes, n’est pas très favorable. Outre son altitude élevée, il est de caractère marécageux, car de nombreuses sources formant la Ribbe s’y enchevêtrent. L’étang qui constitue le centre du dispositif est d’ailleurs une création monastique. Le monastère n’occupe pas exactement le fond de la modeste vallée, mais une petite butte qui domine la zone humide ; pour autant, la faible importance du cours d’eau ne permet pas de qualifier cette élévation de terrain de terrasse alluviale, ni même de coteau. L’abbaye a donc été implantée sur un site quelque peu hybride, avec une alimentation en eau spécifique.

Historique, Fondation
Les sources documentaires dont on dispose sont très lacunaires. La « Gallia Christiana » avance une fondation en 1159, sans qu’aucun autre document ne vienne confirmer ni infirmer cette date. Ce qui est certain, c’est que l’abbaye prospère avant 1188.

Ambroise Tardieu propose, quant à lui, une fondation en 1146, donc  au temps du comte Robert III d’Auvergne, se fondant sur les  états de donations des comtes d’Auvergne ; les études récentes, notamment la thèse d’Emma Bouvard, ont confirmé cette probabilité.

La communauté monastique compta jusqu’à plus de cent religieuses qui, aux exercices de piété, joignaient l’aumône et l’hospitalité. Elle aménagea tout d’abord le site, en drainant les ruisseaux qui élargissaient le marécage, et en creusant l’étang à des fins piscicoles.

Parmi les ressources exploitées par l’abbaye, des prospections récentes ont révélé une activité minière assez notable, mais la faiblesse de la documentation ne permet pas de déterminer à quelle époque cette activité fut développée par l’établissement, ni quelle était exactement l’emprise du monastère sur la mine. La monographie d’Ambroise Tardieu, parue en 1861, évoque une communauté de 90 moniales, et même, au XIII° siècle, de deux cents religieuses, ce dernier nombre semblant très surévalué.

On sait que l’Éclache fonda une abbaye-fille en 1188, celle de Bussière-les-Nonains à Saint-Désiré (aujourd’hui dans l’Allier, entre Montluçon et La Châtre). Cette « fondation » est en réalité l’intégration d’une communauté pré-existante, mais non structurée par une Règle, dans l’ordre cistercien.

L’intégration de la Bussière est en tout cas un élément important et douloureux dans l’histoire de l’Éclache. En effet, l’autonomie plus ou moins tolérée des débuts de la branche féminine cistercienne est ensuite proscrite par le chapitre général, et chaque abbaye féminine est désormais « encadrée » par une abbaye masculine ; dans le cas de la Bussière, une contestation se produit, les moniales de l’Éclache n’acceptant pas ce qu’elles considèrent comme une ingérence des moines de Noirlac (aujourd’hui dans le Cher, près de St Amand Montrond). 

Abbaye de Noirlac – Photo Julien Descloux – Wikimedia

⇒ L’ancienne abbaye de Noirlac, aujourd’hui propriété du Conseil Départemental du Cher, accueille, dans un monument parfaitement restauré, les visiteurs à la découverte de son architecture de lumière. Centre culturel de rencontres, elle propose plusieurs rendez-vous artistiques tout au long de l’année.

L’Éclache fonde plus tard l’abbaye de Derses à Saint-Hilaire-Peyroux (aujourd’hui en Corrèze, entre Tulle et Brive) ; la date précise n’est pas connue, peut-être à la fin du XII° siècle, en tout cas avant 1218, sur des terres données par les seigneurs de Malemort.

Un lien assez fort semble exister entre l’Éclache et l’abbaye des Ayes, près de Grenoble ; deux religieuses de l’établissement auvergnat deviennent en effet abbesses dans le monastère dauphinois. Isabelle de Saint-Aignan est nommée abbesse en 1420 et remet sa charge en 1459 en faveur de Catherine de Saint-Aignan ; Marguerite de Ribiers, entrée à l’Éclache à l’âge de douze ans, est nommée abbesse des Ayes par bulle du pape Clément VII en 1524, et le demeure jusqu’à ce qu’elle remette sa charge à sa sœur Catherine en 1548.

Les guerres de religion et le déménagement à Clermont
L’Éclache subit des pillages durant les guerres de religion, ainsi qu’un incendie en 1637. À cette date, les religieuses sont au nombre de dix-sept ou dix-huit ; cependant, l’absence totale de confort au monastère, aggravée par l’incendie, ainsi que le relâchement très net du respect de la Règle de St Benoît, font que les religieuses, à l’instar de leur abbesse, passent le plus clair de leur temps dans leur famille.

Concile de Trente (1545-1563)

En vertu des conseils prodigués par le concile de Trente, et compte tenu de la misère matérielle et spirituelle de la communauté des cisterciennes, Joachim d’Estaing, évêque de Clermont, décide en 1646 de déplacer la communauté depuis l’Éclache jusque sous les remparts de Clermont, dans un lieu où les autorités ecclésiastiques pourront plus aisément veiller au respect de la Règle.

La maison où s’installe la communauté se trouve dans le faubourg  de Fontgiève, au nord-ouest du centre, dans la « maison de la Châsse », située au 70 rue Fontgiève.

Le déménagement est très mal vécu par certaines religieuses, dont l’abbesse. Cette dernière, Gabrielle de Chabannes, reçoit le titre abbatial (commendataire) très jeune (quinze ou seize ans), et ne parvient guère à abandonner la vie mondaine ; ainsi, en 1642, elle se fait « enlever » par un jeune cavalier. Confrontée au déplacement forcé de sa communauté, elle se rebelle, veut retirer l’Éclache de la juridiction épiscopale et ne dépendre que de Cîteaux, s’évade de Fontgiève avec ses religieuses pour retourner dans la campagne, enfin mobilise sa famille qui accueille en armes les représentants de l’évêque. Finalement, un compromis est trouvé grâce à la médiation de Claude Vaussin, abbé de Cîteaux. Les religieuses acceptent le déménagement à Clermont ; mais Gabrielle de Chabannes se démet de sa charge d’abesse, qu’elle transmet à une de ses nièces, en 1652, et quitte le couvent ainsi que la vie religieuse. La nièce de Gabrielle est d’ailleurs aussi remontée que sa tante contre la réforme, et souhaite également un retour à la montagne ; mais seule une partie de sa communauté la suit. Six des religieuses, au contraire, tiennent pour la réforme, et supplient le nouvel évêque, Louis d’Estaing (frère du précédent), de ne pas accéder aux demandes de leur abbesse, « pour éviter la ruine de la discipline ».

En 1667, peu de temps après le déménagement, les religieuses ne sont plus que seize. Ce nombre diminue encore lentement jusqu’à la Révolution ; en 1790, on compte onze cisterciennes à l’Éclache. À cette date, c’est d’ailleurs la seule maison de religieuses cisterciennes qui ait subsisté dans toute l’Auvergne. De surcroît, l’ordre cistercien n’a plus en ce siècle un rayonnement suffisant pour attirer de nombreuses vocations, et l’Éclache est une des maisons religieuses d’Auvergne (toutes congrégations confondues) qui enregistre le moins de vocations. Cependant, on ne peut pas parler d’une communauté figée ; en effet, à la veille de la Révolution, la moyenne d’âge des religieuses est de 44 ans et demi, ce qui place l’Éclache en tête des maisons religieuses les plus jeunes de l’Auvergne.

Les comptes des années 1723-1724 nous sont parvenus, et ils révèlent un établissement très pauvre, et plutôt mal géré : le revenu total est de 5 719 livres, soit environ quatre cents livres par religieuse, ce qui correspond au salaire annuel d’un tailleur ou d’un cordonnier ; le déficit de l’année est de 1 395 livres.

En 1791, les bâtiments conventuels sont dispersés au moment de la vente des biens nationaux, et la plus grande partie est transformée en établissement agricole.

Le site de Prondines continue d’être entretenu (notamment les aménagements hydrauliques) jusqu’au milieu du XVIII° siècle, puisque la carte de Cassini (feuille d’Aubusson, tracée en 1760-1761) fait mention de ceux-ci. Puis, probablement en raison de la Révolution, il est négligé et la pièce d’eau retrouve un aspect marécageux. Ce n’est qu’au XX° siècle que de nouveaux aménagements hydrauliques redonneront au site une apparence comparable à celle du Moyen Âge.

Architecture de la chapelle
Outre un mur, le seul reste actuel de l’abbaye médiévale est la chapelle, restaurée en 2012 grâce à des financements communaux et départementaux (en revanche, rien n’a subsisté de la maison de la Châsse, rue Fontgiève à Clermont).

Un cimetière se trouve aux abords de la chapelle ⇒

 

 

 

Plan : Construite selon un plan allongé et tournée vers le sud, la chapelle se compose d’une simple nef rectangulaire se terminant par un chevet plat (photo ci-dessus).

Élévation extérieure : La façade principale est à pignon. Elle dispose d’une porte encadrée dans un arc plein cintre. Elle est surmontée par un clocheton maçonné. La couverture est à double pente.
Époque : Le bâtiment de la chapelle, de style roman, daterait de la fondation de l’abbaye (XII° siècle), et les murs auraient donc traversé les siècles, malgré l’incendie de 1637.

Intérieur de la chapelle : visitons-le avec quelques photos :

⇐ La nef et le portail d’entrée.

⇒ Le chœur de la chapelle, avec son autel sur lequel sont regroupées toutes les statues, sauf celle de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), décalée à quelques centimètres à gauche de l’autel, ce qui est très logique puisqu’elle a vécu bien après la fermeture de l’abbaye…

 

⇐ à gauche : le tabernacle aux couleurs vives, posé sur l’autel.

⇐ à droite : Vierge en majesté  aux coloris un peu trop vigoureux… Remarquer la tête d’adulte de l’Enfant Jésus.

 

⇐ Saint Robert de Molesme, Abbé, fondateur de Cîteaux (mort en 1111). Ce champenois, entré à 15 ans chez les bénédictins de l’abbaye St Pierre de Montier-la-Celle (aujourd’hui sur la commune de St André les Vergers, près de Troyes dans l’Aube), est très vite remarqué pour ses qualités : à peine son noviciat terminé, il est nommé prieur. Les bénédictins de Tonnerre (aujourd’hui dans l’Yonne) l’ayant demandé comme Père Abbé, il accepte ; mais ces moines, qui sont pourtant allés le quérir, ne veulent pas de la réforme austère qu’il préconise ! Les ayant trouvés très relâchés et surtout peu réformables, il prend congé d’eux et revient à Montier-la-Celle.

Non loin de là vivent sept ermites ; après de multiples péripéties, il accepte de devenir leur supérieur et les installe dans des huttes en forêt de Molesme, près de Laignes (aujourd’hui en Côte d’Or). Leur genre de vie, fait de solitude et de silence, impressionne les voisins. Chacun s’ingénie à aider ces moines vertueux. Mais l’abondance des donations tourne la tête à bien des religieux qui ne voient plus le besoin du travail, ni de tant d’austérités… Les recrues et les dons affluent, les huttes disparaissent, un monastère se construit. Incapable de restaurer la discipline, Robert les quitte, triste, mais les dons cessent en même temps.

Les moines sont décontenancés. Robert ne revenant pas, on en réfère au Pape. Robert est sommé de reprendre sa place. Il revient, mais les bons sentiments des frères ne durent qu’un an. Robert s’en va définitivement avec six de ses moines. Avec Saint Aubry (également appelé Albéric) et Saint Étienne Harding, vénérant la Vierge Marie, il s’installe à Cîteaux (au sud de Dijon), se promettant de vivre la Règle de Saint Benoît dans toute sa pureté et sa rigueur.  Ainsi naquit l’Ordre cistercien, en 1098.

 

 

 

 

 

 

 

Ci-dessus trois des statues du chœur. De gauche à droite : Ste Marguerite ; St Louis, avec des vêtements très simples pour un roi de France (mais n’oublions pas qu’il était tertiaire franciscain) ; Ste Barbe, vierge et martyre, patronne de cette chapelle, représentée sans sa tour.

 

⇐ Pierres tombales gravées, situées au sol devant le portail d’entrée. Plusieurs abbesses ont été ensevelies dans la chapelle, conformément aux usages de l’époque.